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L'effet des faits, La vie, la vraie

Le Bougre a supporter

Tuuuuut tuuuuut touin touin.

On a gagnéééééé.

On est les champions, on est, on est, on est les champions !

Ça se bouscule sous les fenêtres et gare à celui qui oserait ne pas prendre part à la motivation générale. Oooh le bougre rabat-joie ! Il sera hué sur les réseaux sociaux et bannis de toute activité collective pendant les jours d’été qui suivront. « Il n’est pas drôle celui-là ! »

Que nenni ! Ce bougre aimerait, ne serait-ce qu’un instant, être saisi de cette fièvre endiablée qui semble envahir la majorité de ses compatriotes. Le bougre se sent inadapté socialement. Le bougre tente, essaye, mais non, rien à faire, il n’y arrive pas. N’est pas touché par cet élan quasi national. Oui contrairement à de nombreux commentateurs télé, il faut préciser que tout le monde n’attendait pas ça. Tout le monde n’est pas en joie en ce dimanche 15 juillet 2018. Jour de la finale de la coupe du monde de football que la France vient d’emporter 4-2 face à la Croatie.

Et pour célébrer tout ça, cortège de voitures et klaxons à tout va. Mais pourquoi ? Défilé dans la rue, je comprends, lieu où chacun peut se retrouver et être ensemble, mais pourquoi en voiture ? Pourquoi faire des aller-retour polluant un nombre incalculable de fois seulement pour exprimer sa joie ? Pourquoi le faire au détriment de l’air ? Oui, oui, rabat-joie et en plus écolo… je sais !

Et ce n’est pas fini…

Pour exprimer sa joie en voiture, moto ou tout moyen de transport, il faut apparemment se mettre à la fenêtre ou oublier le casque, les enfants à peine plus haut que 3 ballons de foot assis à la fenêtre d’une voiture roulante et zigzagante. La joie ferait-elle oublier les règles de sécurité ? La joie rendrait-elle invincible ?

Non pas que le bougre soit attaché particulièrement aux règles de sécurité et voudrait restreindre l’expression de la joie, mais pourquoi est-ce autorisé là et non pas quand lui ressentira cette joie pour une tout autre raison ? Ah mais parce que cette joie ne sera pas celle des autres. La loi du plus nombreux l’emporte face à la justice d’être tous traité de manière égale.

Pourquoi n’est-il pas atteint de cette maladie contagieuse ? Pourquoi se sent-il si loin de ses compatriotes ? Pourquoi ne ressent-il rien ? Ni haine, ni amour. Non ! Seulement aucun intérêt. Rien à faire. Rien ne lui chatouille l’intérieur face à cette victoire. Et le fossé social se creuse un peu plus… Son pays, le sport, oui, il les affectionne. Alors pourquoi n’arrive-t-il pas à être en phase avec les autres lors de cet engouement si bruyant? Mais après tout, cette différence n’est pas si grave. Il faut de tout dans une société, il aime d’autres choses… mais une sorte de sentiment d’injustice ne le quitte pas.

Tuuut Tuuuut tuuuuuuut.

Ne rien dire et laisser la joie s’exprimer. Après tout, c’est beau toute cette joie, aussi hypocrite et passagère que soit son origine. Ce n’est qu’un élan passager, c’est bien le mot. Et c’est peut-être là la question. Pourquoi vous enflammer pour quelque chose sur lequel vous n’avez aucun pouvoir ? Pourquoi mettre son humeur aux pieds d’inconnus sur lesquels vous n’avez aucun contrôle. Et à chacun d’y aller de son postulat sur les façons de marabouter l’équipe adverse, quand le flot d’insultes se tarit. Ou encore de prétendre savoir comment faire gagner l’équipe grâce à des gris-gris et autres faire-valoir chanceux. Aaah la mauvaise foi du supporter…

Et puis ce bougre rabat-joie qui de sa fenêtre entend, que dis-je, subit le boucan infernal, peut tenter de s’enfermer, mais rien n’y fait, le bruit reste là à envahir tout son espace. Le bougre peut espérer créer une bulle dans laquelle se réfugier pour écrire sa chronique, elle explose face aux attaques des cris des joies des motivées infatigables aux cordes vocales puissantes. Et surtout, sa bulle se fend et vacille face à ce gamin, agitant son drapeau le sourire aux lèvres, le fixant et ne comprenant pas que son bonheur et celui des autres autour de lui ne soient pas ceux du bougre qui le regarde. Alors, la joie l’envahit aussi un peu. Car oui le bougre n’est pas insensible, la joie des autres est contagieuse et se rabat sur lui. Un sourire se pose sur ses lèvres face à cette ferveur, mais quelque chose au fond l’interroge toujours… Pourquoi ?

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