//
vous lisez...
L'effet des faits, La vie, la vraie

Créons! Crions! Écrivons! Luttons!

C’est difficile de trouver les mots. Des mots qui n’ont pas déjà été dits un millier de fois, des mots justes et touchants, des mots pour s’exprimer. Parce que là est la question, l’expression.

Et l’horreur a gagné pendant quelques instants, il faut l’avouer. Elle a réussi à nous couper la parole. Aucun mot, aucune image, rien ne pouvait exprimer ce qui venait de se produire. Je m’en veux d’avoir perdu mes mots, de les avoir laissé gagner ne serait-ce que pendant quelques minutes. Mais le souffle ne reste coupé qu’un instant, pour se réveiller plus fort, plus vif et plus libre que jamais.

Ici, je vous parle d’absurde toutes les semaines, et quoi de plus absurde que les événements de ces derniers jours. Répondre à des dessins par des armes de guerre ! Ils ont cru qu’ils pouvaient réprimer la liberté d’expression, qu’ils pouvaient atteindre le droit fondamental de la liberté de la presse. Si Charlie Hebdo est un journal sans publicité, s’il a résisté aux pressions depuis sa naissance, ce n’est pas aujourd’hui qu’il va craquer. Ils ont cru qu’ils pouvaient nous effrayer. Ils n’ont fait qu’animer l’esprit combatif de la France et d’une partie du monde.

Tant de sentiments, d’émotions se mêlent. L’esprit comme un gros sac de nœuds entremêle mes pensées. Mes notes de ces derniers jours sont ici rassemblées pour qu’à mon échelle, mes mots, ma chronique soient vôtres.

Comme pour bon nombre de Français, l’aberration m’a saisie. Mais à ma façon, il faut, je dois et j’ai plus que jamais envie d’écrire, de créer, d’user encore et encore de ma liberté d’expression. Une liberté si chère, si précieuse que tant de pays n’ont toujours pas obtenue. Une liberté pour laquelle se sont battus de nombreux hommes et femmes. Une liberté si durement acquise ne peut pas être bafouée par l’obscurantisme. Les ténèbres n’envahiront pas nos esprits et nos cœurs. Nous serons plus forts, plus intelligents, plus sages, mais surtout nous serons humains. Humains, les uns envers les autres. Sans s’abaisser à la violence, à s’en prendre à des lieux de cultes, à mettre tout le monde dans le même sac. Il y a eu assez de corps dans des sacs.

L humour grinçant, le ton insolent, Charlie hebdo s’en est fait une ligne directrice. Le journal est connu de tous sans que tout le monde le lise. Mais mercredi prochain, beaucoup découvriront, liront, et souriront. Un sourire du cœur, puis un sourire gêné avant de réaliser que non, un vrai sourire, c’est la meilleure des récompenses. L’humour satirique l’emportera.

 

« Ils n’ont pas gagné »

Combien de temps l’élan de solidarité durera-t-il ? La société de zapping pourra-t-elle rester concentrée plus longtemps que le temps d’une page de publicité? L’étalage noir des réseaux sociaux marque une union rare. Les valeurs de la liberté atteintes remuent les consciences et maintiennent une cohésion dans une société qui zappe constamment. Les carrés noirs vont lentement disparaître de Facebook, Twitter, et la vie va continuer. Mais comment pourrions-nous passer à autre chose aussi rapidement que d’habitude ? Impossible d’oublier, certes ! Mais retomber dans nos travers, laisser derrière nous l’union créée pour défendre des valeurs dont la richesse n’est plus à démontrer, voilà ce qui nous guette. Et il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que les vautours se posent. Dès le lendemain de l’attaque, jour de deuil national, les guéguerres politiques entrent en jeu. Au lieu de s’unir tel que le peuple français essaye de le faire, eux se tirent dans les pattes, jouent les victimes, se montrent tout sourire et tirent la couverture (médiatique) à eux. Pathétique, pitoyable et déplorable !

 

Unis sur la toile, unis dans la rue.

Je ne dis pas qu’il faut rester bloqué et focalisé. Je sais qu’il est impossible d’oublier. Mais l’élan, le sentiment d’union qui se créé, ce retour aux valeurs qui à force d’être là sont devenues normales, habituelles alors qu’elles sont pourtant la cause de lutte quotidienne, doit être alimenté. Toute cette émotion doit perdurer. En touchant la liberté en plein cœur, la France a retrouvé le sien. En se levant le crayon tendu vers le ciel, et non le doigt, la France réapprend à lutter, à s’unir et à dénoncer les atteintes aux droits fondamentaux de l’Homme qui ont contribué à sa grandeur.

Si des milliers de gens entonnent la Marseillaise, c’est un chant d’union qu’il faut entendre. C’est la tentative d’unir sous un chant national un peuple trop longtemps partagé, méfiant et désillusionné. « Aux armes citoyens » ne sera pas la réplique littérale à donner à ces événements. Lire entre les lignes, garder l’union « Marchons, marchons », la volonté de lutter « contre nous de la tyrannie » et d’aller plus loin « S’ils tombent, nos jeunes héros La France en produit de nouveaux, Contre vous tout prêts à se battre. » Se battre à coup de crayons, de plumes, de photos, d’art, de culture, d’ouverture d’esprit et de réflexion.

Alors, oui, beaucoup sont fiers en ce moment d’être Français, fiers de leurs droits et sont bien décidés à l’affirmer dans les rues. Il aura fallu un drame pour qu’un réveil brutal s’opère, qu’une fierté renaisse. Mais comme beaucoup l’ont dit, l’ont souhaité, il ne faut pas que le souffle retombe.

 

« Je suis Charlie »

Alors en tant que journaliste comment agir autrement que d’aller rejoindre ces milliers de personnes pour marcher ensemble dimanche. Bien sûr, tous les journalistes ne sont pas engagés, ne sont pas des combattants de la plume, mais c’est, dans ma naïveté toute grande, le journalisme que je défends et prône. Et quelle sensation que d’être mêlée à la foule, avec des échanges dans la rue comme il est trop rare d’en avoir à Paris ! Une manifestation où les gestes civiques et civilisés priment. Acte insignifiant et pourtant si révélateur que de voir cet homme ramasser un vélo tombé au sol alors que des centaines de personnes marchent derrière lui. Acte minime, mais prouvant que le civisme n’est pas mort en France. Évidemment, chacun est touché à sa manière et à son échelle par ces événements, mais c’est sans parler des conspirationnistes et des triomphateurs. Pour preuve, un métro bien calme malgré qu’il soit bondé. Quelques « Liberté Charlie » résonnent au fond de la rame, comme une envie de continuer à lutter, une peur de voir toute cette union se terminer. Et tout près, deux jeunes femmes ne se sentant pas concernées râlent fortement leur mécontentement. Une raison puérile, sûrement valable pour elles, mais qui n’arrivera pas à atteindre l’ambiance d’union qui règne alors.

Si cet élan pouvait continuer. Si toutes ces personnes qui se sont senties concernées, qui se sont unies, qui se sont rencontrées et qui attendent de l’après un réel changement, si ces millions de Français agissent en conséquence, en pleine conscience du changement qu’ils veulent voir alors les négationnistes, les râleurs, les conspirateurs, les fanatiques ne gagneront pas. La France aura vraiment et profondément changé.

Pour certains, ce changement arriverait trop tard. Ils ont peurs.Ils veulent partir, fuir, pour ce qu’ils sont, ce qu’ils pensent. C’est dommage, mais difficile de les blâmer. La France a des problèmes, elle oublie parfois ses piliers fondateurs, sa force enfouie, mais quand la France s’unit, tout est possible. J’espère…

L’espoir, que serions-nous sans ?

 

Le courage d’être libre.

Quand je vois la frilosité médiatique anglo-saxonne qui refuse de publier les caricatures en hommage ou encore certains commentaires sur les réseaux sociaux, je m’interroge sur leur façon de s’informer. Sans chercher à comprendre, sans voir plus loin que le bout de leur crayon, ils gomment des années de lutte, une façon de réfléchir et de transmettre sa pensée et l’information. Même si les Golden Globes parent quelque peu l’effet craintif dans une moindre mesure, ne cédez pas à la terreur face aux intimidations qui arrivent à Hamburg.

Charlie Hebdo était, est coutumier des menaces, mais également des insultes. Il n’y a aucune obligation d’aimer le journal mais le qualifier de raciste quand la rédaction trépasse en préparant un numéro antiracisme, c’est l’ironie de la caricature qui se mord la mine.

 

Vous ne passerez pas !

Ce journal antiextrême joui de la liberté de dessiner qui bon lui semble. Un gourou quel qu’il soit. Imam autoproclamé, comment est-ce possible quand pour être prêtre, pasteur ou rabbin, il y a des formations, des études ? Chaque croyance a ses déviances, ses extrémistes et ses gourous interprétants à travers les lignes, leur haine qu’ils propagent comme un venin. Un poison qui cette fois, a atteint trois groupes souvent critiqués, jugés et pris pour cibles en France : Journaliste. Force de l ordre. Juifs. Mais ce poison se répand plus loin, entache toutes les communautés qui luttent contre le fanatisme. La peur ne s’installera pas. Les ténèbres ne s’abattront pas.

 

Fière d’être journaliste.

Charlie Hebdo luttait sans publicité pour sa liberté d’expression. Acheter la presse régulièrement, car, oui Charlie Hebdo a, avait des difficultés financières, mais comme toute la presse écrite. Donc un bel élan de soutien mercredi pour acheter le million d’exemplaires tirés, c’est bien, mais acheter un journal régulièrement, c’est mieux ! C’est permettre à la presse de conserver son indépendance, sa liberté de ton et la possibilité de dire non aux publicistes et grands groupes qui dicteraient le bien pensé des plumes du journal. Acheter la presse, c’est aussi libérer l’expression.

Oui, certaines presses et certains médias sont gangrenés par la publicité et des dictats, mais les valeurs des journalistes en sont-elles forcément ébranlées ? Ce métier, c’est par la recherche de la vérité, la dénonciation des injustices et la lutte pour les droits et le respect de chacun que je le conçois. Peut-être est-ce pour ces opinions que je suis indépendante, sûrement. Mais c’est la seule façon selon moi de l’exercer.

L’équipe de caricaturistes aurait sûrement trouvé matière à croquer face à toute cette agitation surprenante. Car comme les cars de CRS acclamés, la presse n’est pas une habituée des applaudissements. Les nombreuses insultes régulières des Français à l’encontre de la profession heurtent, donc un soulèvement de la population, même si ce n’est pas que pour la presse, touche, mais interpelle.

C’est triste qu’il faille dix-sept morts et un deuil national pour que bon nombre de personnes s’unissent et défendent un métier qu’ils critiquent sans cesse. C’est triste qu’il faille une telle catastrophe pour se rendre compte de ce qu’est ce métier et des valeurs qu’il défend.

Être journaliste, ce n’est pas passer à la télévision, réaliser des interviews de stars et manipuler l’opinion publique.

Être journaliste, c’est défendre des valeurs auxquelles nous tenons, des valeurs pour lesquelles beaucoup se sont battus et sont morts. C’est défendre des droits encore refusés, bafoués dans certains pays. Être journaliste, c’est défendre la liberté d’expression quel quelle soit. Être journaliste, c’est défendre la liberté de chacun, la liberté de la presse, la liberté.

Être journaliste ce n’est pas un métier, c’est une conviction.

Créons! Crions! Écrivons! Luttons!

Publicités

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Follow Les faits papillons on WordPress.com

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles absurdités de ce monde

Rejoignez 31 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :